Déc 23 2012

Jean Pincemaille

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Installé depuis douze ans à Grendelbruch, Jean Pincemaille conjugue avec sensibilité sa passion pour l’écriture et la poésie avec un altruisme absolu. À la tête d’un collectif éphémère, il associe les gens et les disciplines.

Jean Pincemaille a deux amours : « le social et l’artistique ». Éducateur spécialisé, il vit du premier. Mais sous une forme ou une autre, le second n’est jamais loin.

Ces dernières semaines, il a dansé dans l’ancienne abbaye de Mullbach accompagné d’un musicien, s’est produit en première partie d’un concert privé donné dans un appartement et a achevé et édité En plein cœur, poésies en noir et blanc. C’est le titre de son recueil de prose illustré par Sophie-Dorothée Kleiner, une artiste colmarienne avec qui il s’est trouvé des atomes artistiques crochus.

Touche-à-tout à ses heures gagnées, la tête pleine de projets et d’idées, c’est avant tout dans l’écriture que l’artiste se réalise, depuis toujours ou presque. Accéder à « la puissance du mot juste » : l’exercice lui est indispensable, même s’il est loin de tenir de l’évidence.

Dyslexique, il bénéficie très tôt de l’aide de professionnels qui lui glissent l’idée de tenir un journal intime. « L’écriture s’est mise à avoir du sens », se souvient Jean Pincemaille, qui n’a depuis jamais cessé de coucher ses mots sur le papier. Des journaux intimes d’abord, « de 8 à 30 ans », puis des écrits à partager. Des chansons, de la poésie, deux romans autobiographiques, des haïkus… Pourtant, pour celui qui consomme l’encre comme l’oxygène, « c’est une souffrance, je dois détricoter chaque phrase pour les remettre à l’endroit ». Ses premières épreuves, il les appelle ses « premiers jets martyrs », mais l’homme n’aime rien plus que « transcender la difficulté par la poésie, la rendre belle ». « Si j’étais payé à écrire, j’écrirais tout le temps », sourit cet accro de la syntaxe, adepte des bons et beaux mots. Pour l’anecdote, il y a 25 ans, il a entretenu pendant deux ans une relation épistolaire avec Béatrice, celle qui allait devenir son épouse.

Dans une autre vie d’artiste déjà, lorsqu’il se produisait en tant qu’auteur-compositeur-interprète – « amateur », insiste-t-il –, ses spectacles s’intitulaient « Des choses à dire ». « Des choses à VOUS dire » aurait aussi bien pu être le titre de ces représentations, et – oserait-on – de sa production toute entière.

Car pour notre artiste, le plaisir de la création est aussi une affaire de partage et les projets qu’il initie se soldent souvent par la création de ce qu’il appelle joliment des « collectifs éphémères ». « Je vibre quand je suis en relation avec les autres », confie-t-il. Et c’est bien entouré d’artistes de tous poils qu’il fait son bonhomme de chemin, loin de l’image du poète maudit nombriliste.

Dernier projet en date, la création d’une version audio de son recueil de poèmes avec le collectif éponyme, monté avec Sophie-Dorothée Kleiner et le musicien Philippe Morel. Début décembre, des personnes de tous sexes, tous âges et tous horizons ont prêté leurs voix au projet lors d’une séance d’enregistrement. « C’était un moment très fort », raconte-t-il, encore ému d’avoir vu prendre corps des textes écrits pour certains il y a dix ans. « Ils ont donné une âme singulière à ce que j’avais écrit. Ça ne m’appartient plus », se réjouit-il.

La prochaine étape verra l’enregistrement, pour chacun des poèmes, de phrases musicales créées et interprétées par une quinzaine de musiciens et amis de l’artiste.

« J’adore fédérer autour d’un projet ! » Et il le fait manifestement très bien. En tout, 35 personnes participeront à la création de cet objet singulier : musiciens, ingénieur de son, lecteurs, photographe, « simples » bénévoles. Et l’histoire ne va pas s’arrêter une fois le disque pressé. Puisqu’il devrait aussi donner lieu à un rendez-vous transdisciplinaire autour de la poésie, la danse, la musique, la photo… Son premier amour, le social, sera aussi de la partie car l’idée directrice de ce projet est de remettre ces livres audio à des enfants aveugles. Professionnelle ou artistique, la vie de Jean Pincemaille a trouvé son centre de gravité, l’Autre.

Cette manière engagée de vivre, ce papa l’a manifestement transmise. L’aînée, Marie, suit ses traces et sera elle aussi éducatrice spécialisée. Pacôme, 17 ans, se destine quant à lui à une carrière dans la sécurité des personnes. Et si Noé, 13 ans, pense à devenir décorateur d’intérieur, « il est sensible comme son père ! »

Pour ses « vieux jours », cet amoureux de l’Alsace qui se définit davantage comme « un habitant de la Terre » ne rêve pas tant d’une île déserte que d’une « petite maison écolo-bio » en Ardèche, et surtout, d’un « grand hangar où organiser des ateliers de créations, des spectacles… » histoire, toujours, de faire de la création un exercice collectif.

Le recueil En plein cœur, poésies en noir et blanc est disponible sur le site www.lulu.com

Le collectif est toujours à la recherche de bonnes volontés, notamment pour la diffusion. Contact : jean.pincemaille@laposte.net

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